Il y a deux ans, Chloé Adad et Charlotte Serrano (du Collectif Regain) présentaient leurs interrogations sur l’inceste, en particulier sur son traitement dans les champ social, culturel et analytique, à partir de leur lecture du livre de Dorothée Dussy, Le Berceau des dominations, Anthropologie de l’inceste.
Lors de notre prochaine rencontre, nous nous proposons de prolonger ces réflexions sur "le terrain de la clinique". À partir de deux situations issues de la thérapie analytique d’une enfant d’une part et d’une adulte d’autre part, Laura Duprey et Chloé Adad tenteront d’approcher l’impact désorganisateur de la violence incestueuse sur la vie psychique et l’organisation psycho-corporelle des sujets qui l’ont subie, mais aussi, par répercussion, sur la psyché de l’analyste, appelée à en accueillir les effets d’effraction et de confusion.
Quelle incidence la violence incestueuse a-t-elle sur la capacité même de fantasmer ? Sur celle de désirer et d’aimer ? Ou, en d’autres termes, comment la clinique nous permet-elle de différencier les registres « incestueux » et « Œdipien » ? Si des auteurs comme Ferenczi, ou après lui Racamier, ont travaillé à déconfusionner ces deux réalités, les mots même d’« inceste » et de « séduction » sont parfois utilisés dans la langue analytique avec une équivocité, une « élasticité » (Bennett Simon) troublante : ne risquent-ils pas alors de prendre patient et analyste au piège de confusions mortifères ?
* Laura Duprey est psychologue clinicienne et psychothérapeute d’orientation analytique en pédopsychiatrie.
* Chloé Adad est membre du Collectif Regain, psychologue clinicienne et psychothérapeute d’orientation analytique en psychiatrie adulte.